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Je voulais changer le monde et puis....

5 octobre 2026 par
MarjorieBelem

Moi, comme toi parfois j'en suis sûre, j’ai voulu changer le monde et, soyons honnêtes, je crois que j’en ai encore assez envie, parce qu’il y a quand même un paquet de trucs qui ne tournent pas rond et que j’ai toujours eu beaucoup de mal avec cette idée qu’il faudrait simplement les accepter sous prétexte que « c’est comme ça ».

Alors j’ai beaucoup regardé dehors, j’ai ouvert grandes mes yeux et j’ai observé.

➡️Le système, les institutions, les normes, l’autorité, l’obéissance, toutes ces choses qui finissent par nous faire trouver parfaitement normal ce qui, lorsqu’on prend deux minutes pour y penser, ne l’est souvent pas du tout.

J’ai cherché à comprendre pourquoi nous obéissions, pourquoi nous avions tellement besoin qu’on nous dise quoi faire, pourquoi nous étions capables de défendre des règles qui nous enferment et même, parfois, d’en réclamer davantage.

Bref, j’avais trouvé un sacré chantier: le monde.

Et puis, dans L’Enseignement des Dragons, il y a cette idée qui revient sans cesse et qui m’agace probablement autant qu’elle m’est devenue indispensable : avant d’aller expliquer aux autres comment ils devraient se libérer, il faudrait peut-être regarder un peu ce qu’on fait soi-même.

Et là, évidemment, ça devient nettement moins confortable, parce que je peux dénoncer l’autorité tout en continuant à chercher l’approbation.

➡️Je peux défendre la liberté et être très contrariée lorsque quelqu’un en fait un usage qui ne me convient pas.

➡️Je peux me croire affranchie d’un système simplement parce que j’en ai quitté les codes, tout en reproduisant ailleurs exactement les mêmes mécanismes.

➡️Je peux même être tellement attachée à l’idée d’être une femme libre que cette identité devient à son tour quelque chose que je dois défendre.

C’est assez emmerdant, j’aurais préféré que le problème reste dehors.

C’est beaucoup plus simple de combattre un système que de découvrir les petits morceaux du système qu’on transporte soigneusement avec soi.

Et je crois que c’est peut-être ici que commence vraiment la souveraineté, quand on devient capable de se demander, même quand la réponse nous arrange très peu :

Et si, cette fois, le problème était moi ?

Je voulais changer le monde.

Mon maître m’a proposé un chantier beaucoup plus emmerdant.

Moi.

Je n’ai toujours pas décidé si je devais le remercier.

À lire : « L’enseignement des dragons, dialogue entre une indisciplinée de la vie et un maître des profondeurs »

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